Marchand de biens : options fiscales et choix clés

Découvrez les options fiscales du marchand de biens : IR ou IS, TVA sur marge, droits d’enregistrement, risques et bons choix selon votre projet.
Par Stanislas Delanoue
January 27, 2026
Conseil du marchand de biens - Exalt Conseil

Table des matières

    L’activité de marchand de biens ne se résume pas à “acheter / revendre”. Les bons choix (et les bons réflexes) se jouent surtout sur 4 sujets : TVA, droits d’enregistrement, structure (IR/IS + social) et pilotage par opération. Une erreur sur un seul de ces points peut effacer la marge d’un dossier.

    En bref

    • La TVA (marge ou prix total) dépend du type de bien et des conditions d’achat : ce n’est pas un simple “choix marketing”. (BOFiP)
    • L’engagement de revendre peut réduire fortement les droits, mais il impose un cadre et des délais (avec sanctions si non respect). (BOFiP)
    • Pour gagner de l’argent “à coup sûr”, il faut une compta en stock + un suivi de marge par opération (achat, frais, travaux, portage, fiscalité).

    1) Marchand de biens : ce que l’administration attend (et ce que vous vendez vraiment)

    Un marchand de biens exerce une activité habituelle d’achat en vue de revendre. Dans la pratique, votre rentabilité dépend moins du “prix de vente” que de votre capacité à sécuriser :

    • le régime de TVA applicable (marge / prix total / exonération selon les cas) ; (BOFiP)
    • les droits d’enregistrement au moment de l’achat (et la stratégie notariale associée) ; (BOFiP)
    • la marge nette (après frais, travaux, portage, impôt, charges sociales).

    2) IR ou IS : le vrai sujet n’est pas “payer moins”, mais “piloter mieux”

    Le débat IR/IS est souvent présenté comme une simple optimisation. En réalité, le choix doit suivre votre stratégie :

    Si votre priorité est de réinvestir et grossir

    L’IS est souvent cohérent quand vous réinvestissez une partie importante des profits (nouveaux achats, trésorerie de sécurité, structuration). Il peut faciliter la capitalisation, mais demande une discipline de pilotage (résultat, remontées, fiscalité à la sortie).

    Si votre priorité est de sortir du cash régulièrement

    L’IR peut être pertinent dans certains profils (ex : activité plus “opportuniste”, moins de réinvestissement, objectif de revenus immédiats). Mais attention : selon votre situation personnelle, l’IR peut vite monter, et l’effet “trésorerie” peut devenir un piège.

    À retenir : le meilleur régime est celui qui colle à votre rythme d’opérations, à votre besoin de trésorerie perso, et à votre banque (capacité d’emprunt + lisibilité).

    3) TVA : marge, prix total, exonération… un arbre de décision simple

    Le point le plus sensible, c’est la TVA immobilière. On voit encore trop souvent : “on choisit la TVA sur marge” — alors que le régime dépend d’abord des caractéristiques du bien et des conditions d’acquisition. (BOFiP)

    3.1 Immeuble “neuf” vs “ancien” : la première question

    Un immeuble est considéré neuf s’il est achevé depuis 5 ans au plus, ou s’il a subi certains travaux lourds le rendant “à l’état neuf”. (BOFiP)
    Conséquence pratique : sur du “neuf” (au sens TVA), la logique bascule souvent vers une taxation sur le prix total.

    3.2 Vente exonérée… mais option possible (et parfois utile)

    Sur certains immeubles achevés depuis plus de 5 ans, la vente peut être exonérée de TVA de plein droit, avec possibilité d’option dans des conditions précises (ce qui peut changer la déductibilité de la TVA sur frais et travaux). (BOFiP)

    3.3 La TVA sur marge : puissante, mais très encadrée

    La TVA sur marge vise des situations particulières (notamment lorsque l’acquisition n’a pas ouvert droit à déduction), et son application dépend fortement de la nature du bien et de la chaîne d’acquisition. Les points à sécuriser sont très factuels (nature juridique et fiscale du bien à l’achat, qualification à la revente, etc.). (BOFiP)

    Bon réflexe “marchand” : avant même de signer un compromis, faites valider (avec votre notaire + votre expert-comptable) :

    • le régime TVA probable à la revente ;
    • l’impact sur le prix de vente “marché” (un particulier ne raisonne pas comme un assujetti TVA) ;
    • la déductibilité de la TVA sur les frais et travaux. (BOFiP)

    4) Droits d’enregistrement : l’engagement de revendre (et ses limites)

    Sur l’achat, l’engagement de revendre peut permettre un droit réduit (souvent présenté à 0,715 %) au lieu du droit commun, sous réserve de conditions, dont un délai de revente (classiquement 5 ans, avec cas particuliers). (CMS Law)

    4.1 Pourquoi c’est clé ?

    Parce que les droits d’acquisition pèsent immédiatement sur la trésorerie et la marge. Sur des opérations répétées, c’est l’un des écarts les plus importants.

    4.2 Ce qui fait mal : non-respect, reprise, substitution

    Le sujet est aussi “notarial” : ventes successives entre professionnels, reprise d’engagement, substitution… peuvent déplacer le risque (qui supporte la régularisation si l’engagement n’est pas tenu). (Fintaé)

    À sécuriser à l’acte :

    • qui porte l’engagement ;
    • quel délai court (et depuis quand) ;
    • quelles preuves seront disponibles (revente, découpe, etc.).

    5) La comptabilité du marchand de biens : stock, travaux, intérêts… le cœur du pilotage

    Beaucoup de marchands perdent de l’argent (ou du temps) non pas sur la fiscalité, mais sur l’absence de suivi par opération.

    5.1 Stock (et pas “immobilisation”)

    En marchand de biens, le bien est en général un stock destiné à être revendu. Cela change :

    • la lecture du résultat ;
    • le traitement de certains frais ;
    • l’analyse de la marge réelle.

    5.2 Suivi par opération : votre tableau de bord indispensable

    Objectif : connaître la marge nette avant même de mettre en vente, en incluant :

    • frais d’acquisition (notaire, droits, agence) ;
    • travaux (avec ou sans TVA récupérable selon cas) ;
    • coûts de portage (intérêts, assurance, taxes, copro, etc.) ;
    • fiscalité (TVA, IS/IR).

    Voici un modèle de tableau (à adapter) :

    Poste Montant HT TVA Montant TTC Commentaire
    Prix d’achat Régime TVA à l’achat / déductibilité
    Frais de notaire & droits Engagement de revendre ?
    Frais d’agence / intermédiaires TVA déductible si option / opération taxable
    Travaux Attention aux travaux pouvant changer la qualification
    Coûts de portage (intérêts, assurances, TF…) Durée de détention = variable critique
    Prix de revente TVA sur marge / prix total / exonération
    Marge estimée Avant IR/IS & charges sociales

    6) Structure juridique : SAS/SARL/EI, et surtout… le social du dirigeant

    La structure ne sert pas qu’à “signer les actes” :

    • elle impacte votre protection sociale (TNS vs assimilé salarié) ;
    • elle impacte votre capacité à sortir du cash (rémunération/dividendes) ;
    • elle influence votre banque (lisibilité, ratios, gouvernance).

    Bonne approche : choisir d’abord votre stratégie (réinvestir / sortir du cash / durée de détention / volume), puis aligner :

    1. forme juridique
    2. régime fiscal (IR/IS)
    3. politique de rémunération.

    7) Travaux, revente et responsabilités : le risque souvent sous-estimé

    Dès que vous faites réaliser des travaux, la question des responsabilités et des assurances devient structurante. Selon la nature des travaux et votre rôle, vous pouvez être exposé à une responsabilité de type “constructeur” (logique de décennale sur certains désordres). (Alteas)

    À prévoir dans votre check-list :

    • assurances des entreprises + attestations à jour ;
    • traçabilité (devis, factures, réception) ;
    • analyse du niveau de travaux (simple rénovation vs travaux lourds).

    8) Les “oublis” qui coûtent cher (et qui se répètent)

    • Acheter sans avoir verrouillé TVA + droits avec le notaire (on découvre le régime trop tard). (BOFiP)
    • Ne pas suivre les opérations “au fil de l’eau” : on découvre la marge réelle à la fin.
    • Sous-estimer les coûts de portage (intérêts + délais administratifs + commercialisation).
    • Négliger les responsabilités liées aux travaux. (Alteas)

    Conclusion : la bonne méthode “marchand de biens”

    Un marchand de biens performant sécurise chaque opération avec une méthode simple :

    1. Avant achat : TVA probable + droits + marge prévisionnelle
    2. Pendant : suivi des coûts (travaux/portage) + traçabilité
    3. Avant revente : régime TVA confirmé + stratégie de vente (particulier vs assujetti)
    4. Après : boucle d’amélioration (comparaison prévisionnel / réel)
    Cabinet d'expertise comptable à LA ROCHELLE. Stanislas DELANOUE. Expert-comptable

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