
La retraite du dirigeant TNS (travailleur non salarié) est souvent le parent pauvre de la stratégie patrimoniale d'un chef d'entreprise. Entre les cotisations sociales réduites qui pèsent sur les droits à la retraite et un régime de base peu généreux, la réalité est sans appel : sans anticipation, la pension d'un TNS représente rarement plus de 50 % de ses revenus d'activité. Pourtant, des leviers efficaces existent. Encore faut-il les activer au bon moment, avec la bonne architecture.
En bref
Un dirigeant travailleur non salarié (gérant majoritaire de SARL, entrepreneur individuel, associé de SNC) relève du régime de la Sécurité sociale des indépendants (SSI, anciennement RSI). Ce régime calcule les droits à la retraite sur la base des cotisations versées, elles-mêmes proportionnelles à la rémunération déclarée.
Premier problème : si le dirigeant s'optimise fiscalement en minimisant sa rémunération au profit des dividendes, il cotise moins et constitue moins de droits. Deuxièmement, même avec une rémunération correcte, le taux de remplacement (rapport entre la pension et le dernier salaire) reste faible, souvent autour de 40 à 50 % selon les profils. À titre de comparaison, un salarié cadre peut espérer 60 à 70 % grâce à l'AGIRC-ARRCO.
C'est précisément pour combler cet écart que des solutions d'épargne complémentaire ont été conçues. Les connaître et les combiner intelligemment est le cœur d'une bonne stratégie de retraite pour indépendant.
Le Plan d'épargne retraite individuel (PERin), issu de la loi PACTE de 2019, est aujourd'hui l'outil de référence pour les TNS. Son principal atout : les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable, dans la limite d'un plafond annuel calculé en fonction des revenus professionnels.
Pour un TNS, ce plafond peut atteindre 10 % du bénéfice imposable, dans la limite de 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit environ 35 000 € en 2024. Si le plafond n'a pas été utilisé les années précédentes, les reports sont possibles sur trois ans, ce qui offre une capacité d'épargne significative lors des bonnes années.
Au moment de la retraite, l'épargne accumulée peut être récupérée sous forme de capital (en une fois ou de manière fractionnée) ou de rente viagère, offrant une flexibilité appréciable. La Fédération Française de l'Assurance publie chaque année des données utiles sur le comportement des épargnants face au PER.
Avant le PER, le contrat Madelin était LA solution de retraite complémentaire déductible pour les TNS. Il reste valide et utilisé. Son fonctionnement diffère légèrement : les cotisations sont régulières (au moins un versement par an) et la sortie se fait obligatoirement en rente.
La déductibilité fiscale est calculée différemment du PER : 10 % du PASS + 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. Ce plafond peut donc s'avérer plus favorable que celui du PER pour certains profils de hauts revenus.
Il est possible de détenir simultanément un PER et un contrat Madelin. Dans ce cas, les plafonds ne se cumulent pas : ils partagent une enveloppe commune. Un accompagnement personnalisé est indispensable pour calibrer la bonne répartition entre les deux.
C'est le dilemme classique du dirigeant de société : se verser une rémunération ou des dividendes ? La réponse n'est pas uniquement fiscale. Elle a un impact direct sur la constitution des droits à la retraite.
Une rémunération génère des cotisations sociales (et donc des droits), mais coûte plus cher en charges. Les dividendes, eux, sont moins chargés socialement sauf pour les gérants majoritaires de SARL pour la fraction dépassant 10 % du capital social mais ne génèrent aucun droit à la retraite du régime de base ou complémentaire.
La bonne stratégie consiste généralement à se verser une rémunération minimale suffisante pour constituer des droits décents, puis à compléter avec de l'épargne retraite individuelle (PER, Madelin) financée par la trésorerie de l'entreprise ou les dividendes. C'est cet équilibre subtil que Stanislas Delanoue, expert-comptable chez Exalt Conseil à La Rochelle, construit avec chaque dirigeant dans le cadre d'un conseil personnalisé.
Beaucoup de dirigeants construisent leur retraite en dehors des dispositifs financiers classiques : par l'immobilier locatif. Bien structurée, cette stratégie permet de percevoir des loyers à la retraite sans dépendre uniquement de la pension. Plusieurs montages sont envisageables. La SCI à l'IS permet d'amortir les biens, de lisser la fiscalité et de faciliter la transmission. Le statut LMNP (loueur meublé non professionnel) offre des revenus locatifs peu fiscalisés grâce aux amortissements Censi-Bouvard ou régime réel. Le LMP (loueur meublé professionnel) peut, sous conditions, générer des droits à la retraite. Ces montages doivent être articulés avec la stratégie globale du dirigeant. Exalt Conseil propose un accompagnement dédié à l'immobilier pour structurer ces investissements en cohérence avec les objectifs patrimoniaux de chaque chef d'entreprise.
La constitution d'une holding est un levier souvent sous-estimé dans la préparation à la retraite. Lorsqu'une société opérationnelle dégage des bénéfices, ceux-ci peuvent remonter à la holding via le régime mère-fille (quasi-exonération d'IS sur les dividendes reçus) et être réinvestis : en PER, en assurance-vie, en immobilier, en private equity…Cette capitalisation au sein de la holding permet de constituer un patrimoine financier professionnel qui vient compléter la retraite personnelle du dirigeant. Le tout en bénéficiant d'un frottement fiscal minimal à chaque étape. L'Autorité des Marchés Financiers (AMF) rappelle régulièrement l'importance de diversifier les supports d'investissement dans une stratégie de long terme, ce qui s'applique pleinement à la capitalisation via holding.
La cession d'entreprise est souvent perçue comme un événement exceptionnel. Elle devrait plutôt être pensée comme le dernier levier d'une stratégie retraite bien orchestrée. Bien préparée, la vente de l'entreprise ou de parts sociales peut générer un capital significatif, dont une partie peut être exonérée d'impôt sur les plus-values dans certains cas (article 150-0 D ter du CGI, départ à la retraite du dirigeant). Pour bénéficier de ces exonérations, plusieurs conditions doivent être réunies : durée de détention, cessation de fonctions, structure juridique. Une évaluation préalable de l'entreprise est indispensable pour anticiper le prix de cession et calibrer les abattements applicables. C'est un travail de longue haleine qui se prépare idéalement plusieurs années avant la cession.
L'erreur la plus fréquente est d'attendre la cinquantaine pour s'intéresser à sa retraite de travailleur indépendant. Or, les dispositifs fiscaux fonctionnent d'autant mieux que l'horizon de placement est long. Un versement sur un PER à 35 ans a le temps de tripler grâce aux intérêts composés. À 55 ans, la marge de manœuvre est bien plus étroite. Dès la création de son entreprise, un dirigeant devrait intégrer la retraite dans son plan financier global : quelle rémunération me permettra de cotiser correctement ? Quel montant puis-je affecter à un PER chaque année ? Ai-je un projet immobilier complémentaire ? Ces questions sont au cœur du conseil dirigeant proposé par Exalt Conseil. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) publie des projections régulières qui permettent de mieux mesurer l'enjeu selon les régimes.
Quelle est la différence entre le PER et le contrat Madelin pour un TNS ?
Le PER (Plan d'épargne retraite) et le contrat Madelin sont tous deux déductibles fiscalement, mais ils diffèrent sur la sortie : le PER permet une sortie en capital ou en rente, tandis que le Madelin impose une sortie en rente viagère. Le PER est généralement plus flexible, mais le Madelin peut offrir un plafond de déduction légèrement différent selon les revenus. Dans certains cas, les deux dispositifs peuvent coexister.
Combien peut-on déduire fiscalement avec un PER en tant que TNS ?
En 2024, le plafond de déduction pour un TNS est de 10 % du bénéfice imposable, plafonné à 8 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit environ 35 000 €. Les plafonds non utilisés sur les trois années précédentes peuvent être reportés, ce qui permet des versements importants lors des bonnes années fiscales.
Les dividendes génèrent-ils des droits à la retraite pour un gérant majoritaire de SARL ?
Non, dans la très grande majorité des cas. Les dividendes versés à un gérant majoritaire de SARL ne génèrent pas de droits à la retraite, contrairement à la rémunération classique. C'est pourquoi une stratégie mixte (rémunération minimale pour générer des droits + épargne retraite complémentaire) est souvent recommandée.
Peut-on utiliser son entreprise pour financer sa retraite via une holding ?
Oui. Une holding permet de capitaliser les bénéfices de l'entreprise opérationnelle en bénéficiant du régime mère-fille (quasi-exonération d'IS sur les dividendes remontés). Ces sommes peuvent ensuite être investies en PER, assurance-vie ou immobilier, constituant ainsi un patrimoine financier dédié à la retraite avec un frottement fiscal réduit.
La cession de mon entreprise peut-elle être exonérée d'impôt lors de mon départ en retraite ?
Sous certaines conditions, oui. L'article 150-0 D ter du CGI prévoit un abattement sur les plus-values de cession pour les dirigeants partant à la retraite : durée de détention minimale, cessation de toute fonction dans la société, délai entre la cession et le départ à la retraite. Une anticipation de plusieurs années est nécessaire pour bénéficier pleinement de ces dispositifs.
À quel âge faut-il commencer à préparer sa retraite quand on est TNS ?
Le plus tôt possible, idéalement dès les premières années d'activité. Les dispositifs comme le PER sont d'autant plus efficaces que l'horizon de placement est long. En outre, les premières années permettent de créer des habitudes d'épargne et de calibrer la bonne structuration entre rémunération, dividendes et épargne retraite, avant même que les enjeux fiscaux ne deviennent majeurs.
La retraite d'un TNS ne se prépare pas avec un produit unique : elle se construit par couches successives, en combinant les bons dispositifs au bon moment. PER, Madelin, immobilier, holding, cession… chaque levier a sa place dans une stratégie globale cohérente.
Chez Exalt Conseil, Stanislas Delanoue accompagne les dirigeants de TPE et PME à La Rochelle et en Charente-Maritime dans la construction de leur stratégie patrimoniale et retraite. Avec une approche humaine, rigoureuse et sur-mesure, le cabinet traduit des enjeux complexes en décisions concrètes et actionnables.
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